Tourbillons

Icon L'âme cachée du robot qui rêvait

J'ai raté ma vocation : ermite contemplatif au Tibet.
Je ne suis pas un romancier et je suis timide.
Mais je sais me contrer. Sachez lire entre les lignes. Rappelez-vous : la
Be ne fait pas le moine.

L'émotion existe, je l'ai rencontrée.

Etranger, si tu ne te sens pas concerné, passe ton chemin. Sinon, prends plaisir à lire car tes émotions t'appartiennent.


L'idéal

[18 Février 1991, 18h50]

L'idéal est ailleurs,
l'idéal est d'être ailleurs.

Une chambre d'étudiant possède généralement une fenêtre et une seule. L'étudiant, bien chauffé et abrité, reste pensif devant sa fenêtre, écartant le rideau d'une main. Son regard est lointain. Il pense à ces pays chauds où il ne se trouve pas, à ces contrées froides et proches, pourtant inaccessibles pour lui. Inaccessibles ? A pied, tout semble long. Mais la pensée voyage beaucoup plus vite. Plus vite que la lumière. De plus la pensée, sa pensée, fabrique les images qu'il veut voir, des images qui évoquent pour lui des lieux réels et beaux, des images suffisamment floues pour ne pas en apercevoir les imperfections, mais des images imaginaires. Inaccessibles.

A travers la fenêtre, le monde est beau et merveilleux. Dehors le froid règne et les paysages sont ternes. La foule, omniprésente, perturbe le paysage mais son absence ferait défaut. Sans foule, le paysage est mort, avec il est agaçant. Tranquillité sereine peuple les images douces et chaudes. Bruit du vent et souffle des feuilles dans les peupliers couvrent honnêtement les cris aigus des enfants qui se chamaillent, déjà. Les innocents !

Loin des turpitudes de ce monde, il rêve et son rêve l'emporte au-delà de toute existence.

Que lui importe la vie puisque son rêve l'aide à vivre et que sa vie le force à rêver ?

Mais dans ses rêves, cette image, ce n'est pas lui, même si elle lui ressemble. Il vit un rêve, le sien, mais s'il rêve, c'est d'un autre lui-même. Lui ne fait que rêver, l'autre fait tout ce qu'il aurait dû faire.

Alors il ne fait rien et son rêve détruit sa vie.

Sa vie, c'est son rêve mais son rêve, ce n'est pas sa vie. Grave erreur de sa part. Doux rêve qui chaque jour l'éloigne un peu plus de ce monde cruel et inimaginable ; l'erreur est pour lui de n'avoir pas vu à temps que le chemin vers lequel il se détourne ne mène à rien.

Mais l'erreur suprême c'est de se mentir à soi-même. Savoir la cause de son chagrin, de son malheur et ne pas l'accepter. Se borner à ne pas s'entendre soi-même et à hurler au secours alors que la solution est évidente mais inacceptable.

C'est de se rendre compte de sa propre faiblesse, son manque de courage. Se cacher les yeux.

Il sait pourquoi et de quoi il est malade mais il ne le dira pas. Ce serait subir un affront, se dit-il.

Il en connaît le remède mais il le refuse. Honteux.

Alors il attend une aide extérieure mais cette aide ne vient pas. Son malheur il le crie, mais il étouffe ses cris. Le remède il ne le criera jamais car il a trop peur qu'on l'entende. Il le sait, et pourtant...

Car il est lâche et cache sa lâcheté en la maquillant d'égoïsme, d'égocentrisme et d'individualisme. Il affronte les gens, les attaque, espérant ainsi qu'ils le forceront à s'affronter lui-même, mais rien ne vient.

Alors pour tromper la vie, pour tromper la mort, il rêve.


Banal

[24 septembre 1989]

Quand je relis tout ça, je me dis que c'est du délire, que ça n'arrive qu'à moi. Mais je pense que c'est faux.

J'aimerais que cela soit original, mais ça ne l'est pas.

C'est banal.


Confiance

[24 octobre 1989, 15h04]

Avant, j'avais confiance. Mais je manquais d'assurance car je redoutais l'inconnu.

Maintenant, je doute. Et je n'ai qu'entre aperçu l'inconnu. Une ombre dans la nuit noire. Quasiment rien mais suffisant pour douter.

Mais la question reste posée : quoi et pourquoi ?


Morne

[24 octobre 1989, 15h12]

Le banal, la platitude, le manque cruel d'originalité qui fait que vous n'êtes qu'un individu morne parmi une foule d'individus mornes. Comme un mouton sale parmi d'autres moutons sales. Et tout cela plat comme si la gravité n'existait pas pour donner un relief.

Et cette obsession, être persuadé que l'on ne sortira pas de cette grisaille indifférente, qui pousse à se couper petit à petit de ce monde "banal" pour s'enfermer dans une imagination pleine de soleil et où l'individu lui-même culmine sur cette grisaille mais où la grisaille ne disparaît pas, comme si elle était si bien ancrée dans l'esprit de l'individu qu'il ne peut l'effacer de ses délires égocentriques.

L'imagination permet à l'individu d'être un soleil qui brille au dessus du brouillard ténébreux.

C'est cela le quoi.

L'inévitable "banal".


Renaissance

[8 juillet 1996, matin]

Il fut un temps où tout cela n'avait plus guère d'importance. Les gens évoluent, changent perpétuellement. C'est peut-être ce qui rend la vie moins monotone.

Je ne sais toujours pas où je suis ni où je vais. Le passé est là, je le contemple en me demandant de quoi demain sera fait. Vaines pensées, plus conservatrices que directrices. Je n'ai de cesse de me fixer des objectifs et des idoles, mais à quoi bon puisque je ne les retiens que pour un temps ; en me prétextant que je dois évoluer, je ne cesse de changer de direction pour finalement ne pas bouger.

Hier je cherchais des indices, dans la rue, sous les arbres tourmentés par le vent. J'avais peu d'espoir d'en trouver et je n'y ai trouvé que du désespoir. A moins que l'on ne puisse appeler cela une calme résignation. J'y cherchais une réponse, je n'ai vu que l'ombre de mes questions : quand, comment, pourquoi ?

Il faut que je me ressaisisse. Bien, je tiens cela pour acquis, mais il reste un point sur lequel j'ai des doutes : changer fondamentalement. Il est toujours délicat pour moi de me dire que je pourrais changer d'habitat, sans retour en arrière. Je ne suis pas très mobile. Le même soucis s'attarde sur moi à un niveau plus interne, spirituel et intellectuel. Suis-je vraiment prêt à changer ; dans quelle mesure puis-je en accepter les conséquences ; dois-je vraiment tout changer ou simplement l'essentiel ? Et dans quelle mesure cela n'est il qu'un leurre, espérant vainement que tant de changements nécessiteront une tâche trop ardue, donc irréalisable et irréalisée - alors que quelques changements, plus essentiels mais plus limités puissent être finalement tout aussi bénéfiques - et tous aussi difficiles à admettre.

Mais à quoi se résume donc l'essentiel ?

Je me leurre. Je me leurre. Simplement parce que je n'ai jamais su aller jusqu'au bout de mes projets, victime de mes propres indécisions. Mon incompétence est probablement là, mais je n'en suis pas sûr. Pas que là. Il m'est délicat d'avoir un point de vue ample sur ma propre personne. Je reste cantonné à une vue étriquée, basée sur des prises de position le plus souvent intenables. Le peu que je remets en cause ne suffit pas. Un peu comme ce texte, qui définit ses propres limites sans en sortir. Par manque d'imagination peut-être. Ou manque de volonté. Ou les deux. Ou bien cela forme un tout. Bref manque de concret, non d'autocritique.

J'attends une aide extérieure, mais je ne l'ai jamais trouvée. Comme s'il appartenait aux autres de pencher leur regard sur moi et d'essayer de me comprendre pour ensuite mieux me corriger. Cela est un pur bluff de ma part. Pour accepter l'autre et les changements qu'ils me proposeraient, il me faudrait avoir une totale confiance en cette personne. Non pas que je n'ai confiance en personne, mais pour atteindre une telle confiance, il me faudrait moi aussi comprendre cette personne. Ce qui ne s'est jamais produit. Une grande part de ma déception actuelle vient du fait que je ne comprends pas les sentiments, qu'ils soient explicites ou cachés. Je ne comprends que de froides machines. Je m'en suis longtemps satisfait, pensant que le reste viendrait de suite, mais il n'en était rien. Ma propre réserve, et mon inélégance intellectuelle aussi bien que physique ne m'ont pas permis de combler ce déficit humain qui m'entourait - et dont j'avais conscience.

Livré à moi-même, je poursuis un but, mais pas une quête. Je ne cherche rien, j'observe, tel l'ermite contemplatif tibétain. Et lorsque je m'observe moi-même, je ne comprends rien. C'est une attitude passive, qui a donc ses propres limites. Et cette dernière phrase, tels les précédents paragraphes, repose sur et décrit la même idée. Tant que je n'aurais pas clairement extrait l'essence de cette idée, je continuerais à mélanger des lettres et des mots dans tous les sens, comme si j'explorais en vain la bibliothèque de Babel, dans l'espoir d'y trouver un indice, à défaut du message, qui me permettrait de mieux comprendre un hypothétique je ne sais quoi. Voilà une notion plus qu'abstraite de ce que je nommerais l'espoir.


Espoir

[8 juillet 1996, midi]

Peur de parler de moi, désir d'écrire. Je combine les deux en écrivant soigneusement ce que je n'ose dire. Mais pourquoi parler ? Est-ce un bien ? Oui car cela permet de s'extérioriser. Non car une parole purement égocentrique n'intéréssera personne. Ce qu'il me faudrait, c'est parler à une personne en qui j'ai confiance, et qui peut attendre quelque chose de moi en retour. Une personne qui m'aime. Non pas que cela n'existe pas, mais je ne connais pas cette personne. Un jour viendra... dirait l'espoir. Mais l'espoir est comme un vieux filin qui s'effrite avec le temps.


Sensations

[8 juillet 1996, soir]

Je suis à la recherche d'une sensation que je ne connais pas. Sans savoir pourquoi, j'y accorde une importance majeure. C'est le point culminant de ma vie, cet instant magique où j'aurais confiance en moi, l'âme sereine, certain d'avoir fait les bons choix. En pensant à mes quelques amis, je contemplerai le soleil se levant sur l'horizon. Du haut de cette interminable falaise, embrasé de mille feux, je n'aurais pu imaginer tant de beauté tandis que le monde renaît tel un phoenix.

Au fond d'une nuit noire gémissait un petit être. Gisant à même le sol, sa tête jetée en arrière contemplait ce haut parapet. Perdu dans de froids calculs de balistique, il imaginait une terrible chute. Les os trempés par le froid, il frémissait de terreur en repensant à cet acte terrible qu'il aurait pu commettre s'il n'y avait eu cette lueur furtive dans les cieux. Au bout d'un temps qui lui parut interminable, il décida que le désespoir n'était pas de ce monde, su qu'il pouvait enfin abandonner son rêve devenu cauchemar et rejoindre la réalité avec une certaine dose de confiance en lui.

Plus tard je maudirais peut-être mon inaction, mais pour l'instant la patience est ma meilleure arme car je sais que tu m'attends là-bas, de l'autre côté de ce fil ténu que je nomme espoir.


Peur d'oser

[21 juillet 1996]

Agde. Dimanche. Dormir. Téléphone.

Selon eux, je manque de combativité et d'ardeur pour défendre mes opinions. J'approuve. Je l'avais déjà remarqué sans vouloir l'accepter. Je n'ai plus confiance en moi. Il m'a fait une remarque que j'ai interprétée comme étant "ose parler en ton nom, clairement" ... "je pense que". Selon lui, je réagis avec des œillères, sans intégrer la vision des autres. Mais comment dire "je pense que" lorsque je ne suis sûr de rien ? Si je change d'avis sans arrêt ? Avoir plus d'assurance dans mes propos, défendre mes idées ? Mais assurance en quoi, défendre quelle idée ? Peut-être n'ai-je plus confiance en moi car je ne corresponds pas (plus ?) à l'image que je voudrais donner de moi ; aussi parce que pour avoir confiance en moi, il me faudrait une épaule pour me soutenir, et que la désirant mais ne l'ayant pas...

Alors je fuis, comme toujours, mais cette fois-ci je sais devant quoi je fuis ; devant moi-même.


Me retrouver

[21 juillet 1996]

Au lieu de tenter de fuir, je suis parti me promener sur les rives ensoleillées et ombragées du Canal du Midi, à quelques encablures de l'Hérault. Comme le contait si justement Edgar Poe, il est des paysages que seule la solitude permet d'apprécier. Il en va de même de certaines réflexions autocritiques.

Soit. Admettons que je manque d'ardeur car je n'ai plus confiance en moi. Posons cela et tenons le pour dit. Je n'ai pas confiance en mes qualités professionnelles : justesse des choix, prise de décision, qualité technique, plates-formes utilisées. Tout cela n'est pas la cause, seulement la conséquence de mon manque de confiance. Trouver ici la cause serait trop simple. Certes je commets des erreurs dans mes travaux, certes j'omets certains points, faute de posséder une pensée surpuissante qui conçoit un Tout plutôt qu'une entité limitée ; mais contrairement à d'autres, j'apprends de mes erreurs, je les reconnais facilement - lorsqu'elles sont justifiées. Et je tiens pour acquis que je défends mes idées lorsque je suis convaincu de leur justesse et de leur valeur, tant est que j'estime la personne me faisant face suffisamment de bonne fois pour l'accepter honnêtement. Non, l'unique ombre au tableau professionnel est la finalisation - interminable - d'un projet de longue haleine touchant à sa fin. Cela est passager.

Quel est donc la cause de mon manque de confiance ? L'absence de bien-aimée ? Hum, écartons ici ce sujet houleux car je tiens pour sûr qu'il s'agit là aussi plus d'une conséquence que d'une cause réelle. Quoique.

Une partie de la raison que je cherche peut se trouver dans mon caractère réservé. Je dois avouer qu'il s'agit là d'un sujet qui n'a de cesse de me laisser perplexe. Ce sujet possède deux volets, plus exactement se compose de deux questions liées.

La première question qui me vient à l'esprit peut être formulé ainsi : mon désir est-il d'être réservé ou bien éloquent ? Ni l'un ni l'autre, mon capitaine. Mon propre désir de compromis me demande d'être moins réservé, sans pour autant chercher à briller par mon propos. Être trop réservé ne m'apporte rien que de la solitude et de la mélancolie. Certes j'aime la solitude, je l'apprécie mais parfois elle me pèse. De plus, ma réserve m'empêche d'apprécier certains moments : discussions avec un groupe d'amis, découverte d'une nouvelle personne sont pour moi de délicats moments, donnant plutôt lieu à de secrètes pensées pleines de non-dit - fuir ! - qu'à un échange fructueux d'idées et de paroles plus ou moins mondaines. Quant à être éloquent à tout moment, je ne le désire pas et tiens ce fait pour de l'égocentrisme et une totale abnégation d'autrui.

La seconde question concernant ma réserve découle naturellement de la première : comment la résorber ? J'admets que ce peut être là un processus lent, mais il me faut une direction afin de pouvoir le travailler. Ce travail doit former une suite logique à un travail actuel. Depuis plus d'un an, je tiens pour acquis que je dois gagner en chaleur humaine et j'ai ainsi gagné en confiance auprès de certains de mes amis, leur livrant mains sentiments que je n'osais point révéler auparavant. C'est là un geste qui montre combien une action dirigée et soutenue est nécessaire de ma part - tandis que cette année passée n'a vu que le résultat d'actions épisodiques et hasardeuses.

Tout le problème est de savoir résorber cette réserve qui est en quelque sorte une timidité de la parole face à autrui. Je pourrais ici bénéficier de l'expérience innée de certaines personnes, mais il me faudra essayer de par moi-même et expérimenter, tenter l'échec afin de mieux le surmonter.


Portés disparus

[22 juillet 1996]

Soir. Télévision : J.O. d'Atlanta. Téléphone. Nouvelle : qui que tu sois, tu n'es plus. Vol 800, TWA, 18 juillet 1996.

Dieu ou ironie du sort ? Désespoir pour certains, indifférence pour d'autres, pensée mélancolique pour la plupart. Distance, tellement grande qu'elle apparaît estompée, comme voilée par un léger brouillard. Quel en est le souvenir ? Une ombre, un visage vu à travers un verre dépoli,... et cette image qui s'estompe, engloutie dans les eaux de l'océan, froide, impalpable, elle s'éloigne sans que rien ne puisse la retenir. Comme cette photo qui s'envole avec le vent et dont j'avais - j'aurais ! - besoin pour raviver ma mémoire.

Une image, un souvenir, deux lignes de fuite qui se rejoignent à l'infini.


La place publique

[25 juillet 1996]

"Quel profil recherchez vous ?" Ainsi débutait le papier qu'Elle tenait entre les mains.

Une porte s'ouvre, un inconnu s'avance : "Ecoutez, voici mon âme ou du moins sa trame."

Je suis d'un naturel calme, serein et réservé. Extrêmement réservé, trop même selon ma propre opinion. Peut être un brin flegmatique aussi. Ma réserve se traduit par un effacement et un silence profond dans le personnage. Elle se manifeste en présence de gens nombreux ou inconnus, deux situations intimidantes. Dans ce cas, l'observation prime sur la parole et j'observe à loisir les gens et la situation afin de la juger - jugement se traduisant par l'acceptation, le désir de fuite ou, situation favorable, le désir de plaire. Mais le caractère reste contemplatif en majorité.

Confiant également, optimiste. Optimisme réservé toutefois, sans trop de débordement et d'emportements enthousiastes. Parfois complètement dérouté par tant d'optimiste latent, je laisse une place apparente à la mélancolie et au désespoir. Il ne s'agit que d'une parade, destinée à balancer mon comportement, tout entier dévoué au compromis.

Serein, calme, réservé en apparence. Parfois l'esprit intérieur diffère totalement de ce visage placide. Qu'il s'agisse d'émotions pures face à un drame ou un heureux événement, rien ne transparaît sous ce masque immobile - au grand dam de certains qui me jugent alors froid et insensible. Il en va en fait tout autrement et ma sensibilité est extrême.

Sentimental, aussi. Cela se combine avec la sensibilité, je pense. Romantique. Un certain goût pour la solitude et la nature - contrôlée et non totalement sauvage, agressive. La solitude est une chose que j'apprécie à haute dose, coutumier que j'en suis. Mais la solitude possède ses propres limites et seule la découverte d'autrui me permet d'enrichir mon point de vue. Autrui, l'autre : vaste sujet. J'apprécie énormément la compagnie d'une personne, déjà moins celle de deux autres, essentiellement à cause de ma réserve qui m'empêche de m'exprimer librement dans un groupe.

J'apprécie également le silence. Le silence de la nature, peuplé de gazouillis ou de bruits de fond. Le silence de la nuit qui fait ressortir le moindre bruit jusqu'à le rendre étrange et inhumain. Également le silence de la parole, cette contradiction qui rend la conversation possible à deux. Car il n'y a de discussion que lorsque l'on parle et l'autre absorbe cette parole, le silence lui permettant de mieux écouter. Le silence aussi lorsque les deux personnes manipulent mentalement des mots, les pesants, les choisissants, réfléchissant à leur non-dit. N'est pas une discussion cette joute verbale où chacun s'occupe à meubler à outrance le temps et l'espace par mains mots futiles, s'efforçant ainsi de maîtriser l'adversaire comme un lutteur le ferait.

"Il suffit !" s'écria La Mort, avant de quitter la pièce.


Icon Les mots de la fin

MPQF ?

42 !

- "C'est honteux !" s'écria Madame la Marquise,
- "Goujat !" lui rétorqua Madame la Comtesse,
- "Pervers !" ajouta Madame la Duchesse,
- "Chanceux !" s'esclaffa Monsieur le Duc, incapable de saisir l'ampleur de l'intuition féminine de sa cour, étonnée par tant d'effronterie.

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